Linkedin et le personnal branling

Vous l’avez peut-être constaté : pour se faire remarquer sur Linkedin, il faut investir de plus en plus de temps et d’énergie. Mais où cela va-t’il mener ?
Dans le cadre de mes ateliers, il m’arrive de réfléchir avec mes clients aux futurs possibles de tel ou tel service. Voilà quelques projections sur le service Linkedin qui pourraient peut-être vous servir.

ps: vous pouvez retrouver cet article sans lien sponsorisé sur mon blog (cyroul.com).

Une explosion de slope professionnel

Force est de constater qu’en moins de deux ans, Linkedin est devenu une gigantesque foire au slope de personnal brand(l)ing plus ou moins optimisé où surnagent les influenceurs et communicants payés pour. Nous sommes très loin de cette promesse initiale de pouvoir réseauter avec de véritables experts. Ils ont été remplacés par des communicants professionnels.

Pire, le cout d’entrée pour devenir ce genre de spameur communicant professionnel sur les réseaux sociaux a baissé drastiquement. Plus besoin de savoir écrire, de se prendre le choux sur le choix des mots ou encore le message à délivrer. Hop, l’IA générative le fait pour vous grâce à de petits prompts trouvés sur internet. En deux secondes, un copier coller et vous voilà devenu un communicant professionnel sur les réseaux sociaux. 127 likes pour 1 min de travail, you’re a growth hacker baby !

La cause de ce déferlement de bouse est la même que pour les autres plateformes de médias sociaux : un algorithme opaque de présentation des contenus programmé pour la rétention des utilisateurs afin de leur glisser des publicités interruptives. C’est le cas avec le ranking de chez Google ou encore le « reach » chez Meta. Par exemple il n’est plus possible donc d’atteindre la première page de résultat de Google seulement avec du bon contenu. Il vous faudra investir dans une stratégie SEO plus ou moins propre pour émerger.

Car cet algo faisant la promotion des contenus les plus attractifs (au plus fort taux de rétention), seuls les contenus créés pour émerger (et donc par des professionnels de la communication, de l’influence) permettent d’être vu dans le flot permanent. Ce ne sera pas les contenus les plus pertinents ou utiles. Juste ceux qui correspondent aux critères subjectifs de l’algo de Microsoft Linkedin.

En conséquence seuls les pros émergent, des professionnels dont les méthodo de création et post de contenus s’affinent pour converger jusqu’à devenir similaires. Et bientôt, tout le monde créée les mêmes contenus au même moment pour attirer l’attention de l’algo qui choisira en définitive ce qu’il veut, quand il le veut. Bref, la cour de Versailles. Rien à voir avec un réseau professionnel.

Mais alors vers où se dirige Linkedin ?

En réalisant un petit exercice de prospective comparative (avec le destin des plateformes existantes qui ont utilisé le même genre d’algo), on distingue plusieurs scénarios pour Linkedin.

1- le scénario Twitter : trolling massif

Les utilisateurs, amenés à attirer l’attention par tous les moyens, se mettent à utiliser des pratiques de plus en plus sales (trolling, contenus outranciers, exhibitionnisme, violence verbale et visuelle, etc.). Microsoft promet de modérer les contenus et se met à interdire tout et n’importe quoi sous prétexte de modération pendant que les trolls contournent les règles en permanence.

Les autres utilisateurs qui veulent utiliser un outil de réseautage professionnel efficace fuient la plateforme, dégoutés. Ne restent que des microcosmes de gens semblables qui n’ont rien d’autre à faire qu’à passer la journée devant Linkedin mais permet à Microsoft de continuer à clamer à ses annonceurs que le réseau est n°1.

2- le scénario Facebook : ringardisation

Les utilisateurs naïfs continuent à croire dans les qualités du réseau professionnel, créant du contenu éparse invisibilisé par l’algo qui demande un investissement nettement supérieur.

Quand aux utilisateurs connectés, ils considèrent Linkedin comme un canal de plus dans leur stratégie de présence en ligne et ont déjà programmé un scénario en no-code pour publier automatiquement des articles et posts rédigés par IA générative, des spams massifs de connexions à de nouvelles relations et des des likes pour faire semblant d’être présent sur le réseau.

2- le scénario Google : payer pour émerger

Dans la vie, comme sur Internet, quand on ne sait pas faire, on paie. Linkedin développe une économie parallèle où un nouveau métier émerge : le LEO (Linkedin Engine Optimisation). Ces experts de la visibilité se mettent à développer des techniques de plus en plus élaborées pour émerger dont certaines très sales (comptes fantômes, bots, …). Pour lutter contre ces pratiques extrêmes, l’algorithme de Microsoft, boosté à l’IA, et mis à jour régulièrement, se met à faire des choix de plus en plus techniques et complexes.

Cela fait longtemps que les individus qui ne paient pas ne comprennent plus le but du réseau. Leurs recherches d’expert ne retourne que des professionnels aisés aux tarifs démentiels (il faut bien payer sa promo). Eux-même n’émergeront jamais et donc ils n’essaient même plus.

Conclusion : que faire avec ce Linkedin merdifié

Évidemment, ces trois scénarios simplistes sont extrêmes mais ils mettent néanmoins en évidence la trajectoire adoptée aujourd’hui par le réseau Linkedin. Une trajectoire peu différente finalement du phénomène de Enshittification relevé par Cory Doctorow et (ou merdification par Tristan Nitot) : l’inéluctable évolution des startups ne recherchant que le profit à travers leur équation recrutement > rétention > monétisation.

On pourrait être triste que le réseau parte dans ce sens. Mais non, ne soyez pas tristes.

Car d’une part ce n’est pas inéluctable. Microsoft a largement le temps de réagir pour pérenniser son service. Bon, il faudrait pour cela qu’ils préfèrent le profit sur le long terme à l’immédiat, ce qui est peut-être à l’opposé de leur philosophie. Mais tant pis pour eux. on s’en fout de ces sociétés qui se sont créés sur de l’open source, sur de la collaboration ouverte et des promesses dorées pour retourner leur veste pour du profit.

Et d’autre part, c’est la responsabilité de chacun de comprendre Internet et son fonctionnement.
Il est simplement temps de se refaire un CV sur d’autres réseaux et il y en a masse (Xing, Behance, meetup, Indeed, …). Sortir de l’enfermement professionnel Linkedin pour découvrir de nouveaux espaces où l’on ne perd plus son temps à ne trouver que des communicants ou influenceurs, mais de véritables experts de son métier.

En effet, à notre époque c’est aux utilisateurs (qu’ils soient candidats ou recruteurs) de savoir utiliser les outils et de sortir des solutions magiques toutes simples proposées par les plateformes. Une preuve de maturité numérique des candidats et donc des recruteurs ?

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