NovFut #34 • Bilan SF 2025

Parfois, il est dur de prendre la plume… le clavier. Et ce fut mon cas l’année dernière : 2025 a brillé par son absence de NovFut.

Seulement, entre le déferlement de bouse textuelle made with IA générative, l’élection d’un dictateur autocrate aux USA (cf Novfut #28), la leçon de censure appliquée par ce dictateur (Novfut #33), et la baisse du niveau intellectuel partout dans le monde (cf Novfut #25), j’ai eu un petit coup de mou.

Le genre de coup de mou qui vous envahit quand vous avez une grande impression d’inutilité. Celle que ressent Sisyphe qui voit sa pierre dégringoler encore une fois. « Je le savais que ça servait à rien, mais je l’ai fait quand même« . Car la Science Fiction (et NovFut) sert à ça : anticiper, le pire ou le meilleur, pour choisir un bon chemin.

En 2024, j’avais dessiné une carte des 14 futurs de l’humanité pour 2050, des plus positifs jusqu’à l’extinction de l’humanité. Et bien là, on fonce vers les scénarios les pires et nettement plus vite que prévu. J’aime avoir raison. Mais pas là.

Les terribles scénarios du futurs (carte Cyroul)

Alors un coup de mou qui a commencé par une réécriture compulsive de la partie 2/2 du NovFut sur la censure et la SF au moment même où Trump apportait sa dernière touche à la carsherisation de l’éducation et des bibliothèques américaines. La science-fiction étant devenue réalité, à quoi je sers moi ? Alors ce numéro de Novfut, réécris 10 fois n’est jamais sorti.

Mais début d’année oblige, je vais tâcher de m’y remettre. Et pour me lancer, au lieu d’un lourd constat de la censure du monde, je vous propose un petit bilan de mon année 2025 en Science-Fiction en espérant que cette sélection vous donne quelques envies. C’est léger, c’est autant subjectif qu’une vidéo d’influenceur, mais ce n’est pas sponsorisé (ni écrit avec une IA gen).

Bonne immersion dans ma SF de 2025.

Mes lectures de 2025 en science fiction

On vit dans un monde cyberpunk en devenir. Aussi, cette année je me suis replongé dans les sciences cognitives (notamment avec les ouvrages d’Alfred Moukheiber que je conseille), dans l’IA (beaucoup de très bonnes lectures, mais côté SF, lisez Comment parle un robot ? de Frédéric Landragin, écrit avant la sortie de chatGPT, donc précieux), des notions de géostratégie, de souveraineté numérique ou de l’économie de la Silicon Vallée (Vallée du Silicium de Alain Damasio par exemple, mais lisez aussi le Futur d’Usbec et Rica consacré au sujet).

Cette année, certainement par un besoin de régression face aux agressions trumpiennes, je me suis replongé dans quelques classiques de la SF : Vance (permet de voyager loin), Asimov (permet de voyager avec logique), Heinlein (permet de voyager avec lucidité), Lovecraft (permet de se dire que nous sommes bien peu de chose).
Et j’ai relu quasi tout Pratchett. Essayez, ça rend heureux quand le monde va mal.
J’ai tout de même eu un peu de place pour quelques nouveautés.

Ma grande découverte de l’année a ainsi été Anathem de Neal Stephenson (2008). On y plonge dans une civilisation construite sur les mathématiques et la logique (donc la philo) en suivant l’aventure d’un jeune fra (frère) qui rentre dans un mynstère, un monastère dédié aux maths. Ce livre est l’occasion de se (re)plonger dans quelques théorèmes et idées philosophiques sur le temps et l’espace. Croisement entre Umberto Eco et du Asimov. C’est absolument génial.

Je me suis aussi plongé dans Kim Stanley Robinson (que j’avais repoussé toutes ces années). Après l’excellent New York 2140, qui raconte comment le monde pourrait aller mieux si l’on était capable de maitriser la finance, je me suis attelé à sa trilogie martienne (Mars la rouge, la verte, la bleue). Un gros morceau !
Mais quel talent. Les qualificatifs manquent pour décrire la qualité de la réflexion et de l’anticipation de KSR et surtout sa passion pour les sciences (qu’elles soient économiques, sociales ou physiques) qu’il partage toutes les pages. Voilà le genre de bouquin à faire lire aux jeunes à l’école.

Pour me détendre j’ai attaqué la série The Expanse de James A Correy. J’avais adoré la première saison de la série TV, et je voulais voir ce que ça donnait en livre. Et bien les deux premiers tomes se lisent comme une sucrerie où l’intelligence du propos fait place à la pétillance de l’action. Un univers futuriste spatial suffisamment cohérent pour permettre n’importe quoi. Pas étonnant que ça ait été décliné en série TV, en jeu de rôle, etc. Après, j’ai préféré le volet social (la description de l’indenture spatiale) du premier épisode; le deuxième étant davantage tourné vers le politique-action.

J’ai également apprécié le cyberpunk (et prétentieux) Central Station de Lavie Tidhar. par contre j’ai été déçu par Red Shirts (John Calzi). L’idée de faire un bouquin sur les gars de Star Trek qui se font dessouder à chaque fois que l’équipage de l’Enterprise débarque sur une planète n’est pas originale (il y a eu des jeux vidéo et JDR sur le sujet) et Calzi en fait une interprétation trop simple (et trop 2nd degré hollywoodien). Gâchis.

Le cinéma SF en 2025

De bons moments de cinéma en 2025. Même si l’invasion de productions netflixiennes moyennement moyennes domine un peu. Mais voici quelques valeurs sûres :

Notamment le très apprécié Mickey 17 de Bong Joon Ho qui pose la question du clonage mais aussi celle de la colonisation des futures planètes. C’est bien de reparler de la colonisation surtout là, en janvier 2026 où Trump après le Venezuela veut envahir le Groenland. Donc du très bon divertissement, bien joué et filmé.
Ceci dit, c’est moi où il a entièrement copié la scène final sur le Nausicaa de Miyazaki ?

Une bonne dose de Predator cette année avec l’excellent Predator: Killer of Killers de Dan Trachtenberg. Un mélange de 3 dessins animés musclés, sanglants et tout à fait dans la lignée du mythe. C’est très beau et très malin.
Le film Predator: Badlands est également très divertissant mais peut-être un peu trop hollywoodien. Le Predator, héros du film, devient limite un héros pour enfant. On sent la volonté de la franchise de devenir tout public. Vas dire ça à Dutch.

The Fantastic 4: First Steps m’a tapé dans l’oeil avec son ambiance 50s américaine et ses décors retro-design futuriste absolument sublimes. Un véritable hommage visuel à Kirby et au Googie. Ce film vaut absolument le coup pour ces magnifiques images. Le reste étant plutôt de bonne facture, avec un scénario nettement moins pire qu’un Marvel (c’est pas dur diront certains).

En voilà un Galactus qu’il est beau

L’autre bonne surprise ça a été le Superman de James Gunn (oui, j’aime James Gunn). Un très bon film de super héros où l’on retrouve la personnalité de Superman que l’on trouve dans beaucoup de comics ancien : généreux et un peu naïf (c’est un alien).

L’ultralibéralisme technologique : ça passe ou la planète se casse

Le méchant Lex Luthor (Nicholas Hoult) est formidable. Il représente tout à fait les tech bros, des inventeurs fous qui se moquent des conséquences, souvent mortelles, de leurs actes (cf NovFut #5). Par ailleurs, je trouve qu’il faut avoir un courage en béton pour oser faire allusion dans un film hollywoodien à l’invasion de la Palestine par Israël.
James Gunn, respect absolu.

Quand le cinéma de divertissement peut servir à faire passer quelques messages

Dans un registre plus intellectuel, Bugonia (Yorgos Lanthimos) nous raconte le kidnapping par deux rednecks d’une chef d’entreprise qu’ils accusent d’être une extra-terrestre. Tout le film donc consister à instiller le doute dans l’esprit du spectateur : elle l’est ? Elle l’est pas ?
Avec exactement la même histoire, j’avais nettement préféré Save the Green Planet ! de Jang Joon-Hwan (2006). D’ailleurs ça y ressemble tellement que ça doit être une adaptation, non ? Sinon c’est de la copie.

Kombucha (Jake Myers) nous raconte une histoire d’emprise malsaine d’une organisations sur ses salariés. Un film plutôt sale à regarder (même quand on aime le kumbutcha).
Avec la série Severance saison 2 en 2025 on pourrait dire qu’il se développe une sorte de « SF de l’aliénation au travail » en ce moment. Si le sujet vous intéresse, je suis tombé sur un épisode de Bolchegeek sur le sujet du travail en SF. Vous pouvez aussi lire le NovFut #10 hein.

Tendance oblige, le cinéma de Science-Fiction s’est aussi orienté naturellement vers les robots et l’IA.

Dans le très ennuyeux Mission: Impossible – The Final Reckoning (car on s’en fiche de voir Tom Cruise faire des cascades en avion, on voudrait un vrai film), Ethan Hunt va combattre l’Entité, une IA qui a infiltré tous les réseaux d’espions de la planète.
A la fin, il éteint la machine et le monde va mieux…
Mais pourquoi on ne fait pas ça avec ChatGpt ?

L’Entité, un oeil pour les espionner tous.
Dans la vraie vie, ça s’appelle la NSA.

Le beaucoup plus intelligent Companion (Drew Hancock) raconte le futur des machines “intelligentes” exploitées par l’homme avec l’excellente Sophie Thatcher et le très bon Jack Quaid. Une histoire du futur très réaliste que je vous conseille à 200%.
Car ne nous leurrons pas, après avoir créé les IA esclaves bureautique, les IA « défouloirs émotionnels », il est évident que l’étape suivante sera les IA sexuelles (cf Novfut #31).

Encore une histoire de robot-IA tueur avec M3GAN 2.0 (Gerard Johnstone), la suite de M3GAN, un film d’horreur où un robot pour enfant devenait un peu trop possessif.
Cette fois, ce sont de méchants militaires qui décident d’utiliser le cerveau de Megan pour en faire… devinez quoi ? Oui, une arme intelligente.
Seulement, je me pose la question : une arme peut-elle être vraiment intelligente si elle est contrôlée par l’armée ? Je vous laisse ça là.

Et pour finir The Electric State (Anthony et Joe Russo), divertissement robotique, très plaisant à regarder avec les enfants. Avec en acteurs principaux Millie Bobby Brown et Chris Pratt dans leurs rôles respectifs (le mec lourdaud et la fille trop maligne).

Mes séries SF en 2025

Par principe je regarde les séries TV après tout le monde. Ca permet au flot de bouse déversé par les plateformes VOD de sécher pour laisser voir les pépites. Je n’ai donc regardé cette année que des “vieilles” séries. Mais elles sont bonnes et je les conseille.

Si vous aimez Moebius (Jean Giraud quoi), vous ne pouvez qu’adorer la sublime série animée Scavengers Reign (Joseph Bennett, Charles Huettner, 2023).
L’équipage d’un vaisseau spatial se retrouve dispersé sur une planète à la faune et flore très particulière et souvent agressive. Les survivants devront s’adapter ou mourir. Une passionnante et superbe fable écolo-survivaliste, trash et réaliste.

Au cas où, je conseille la saison 1 de Andor (Tony Gilroy, 2022) est incontournable pour les fans originels de Star Wars. Elle suit les tribulations de l’un des personnages de l’excellent pré-disneyen Rogue One (Gareth Edwards, 2016). Une série fidèle à la trilogie originale qui raconte comment on peut se rebeller dans un système autoritaire. Espérons que ça serve aux américains.

Andor, l’anti-héros qui va – ou non- en devenir un

Ma découverte de l’année est peut-être Peacemaker (James Gunn – encore lui- 2022). J’ai vu 2 fois la saison 1 sans me lasser avant de voir la saison 2 (qui se termine en eau de boudin, je tiens à le dire).

Cette série raconte l’histoire d’un super héros américain élevé par un suprématiste blanc. Un capitaine America raciste et prêt à tout pour son grand pays quoi. Sauf qu’au fond de lui, Peacemaker n’est pas comme ça. On va donc le voir lutter contre son héritage. On y parle également de monde parallèle et de tout un tas de choses que je ne peux pas vous raconter. Mais c’est pour moi la série de l’année tant elle résonne avec ce qui se passe en ce moment aux USA.

Mes jeux vidéo SF en 2025

Il existe des jeux vidéo auxquels on revient longtemps après et qui ne vous trahissent jamais. Half-Life (Valve, 1998) en fait partie. C’est un jeu de tir avec un scénario crédible, intelligent, et qui vous propulse dans un univers futuriste avec régime autocratique et invasion dimensionnelles.
Cette année, je ne sais pas pourquoi mais je me suis refait tout Half-Life 2 (2004) et je l’ai trouvé toujours aussi bon 21 ans après la première fois où j’y ai joué.
Les raisons en sont certainement la qualité extraordinaire du level design ou encore celle du scénario (du techno-fascisme alien). Je ne peux que vous engager à y jouer.

Le Dr Breen, dictateur, mélange de Trump et Peter Thiel

A l’opposé d’un jeu en 3d, j’ai poncé le Universal Paperclips, un idle game (le premier du genre je crois) où vous jouez le rôle d’une IA qui doit maximiser sa production de trombones. Ce petit jeu gratuit en JS a été conçu à partir de expérience de pensée paperclip paradox montrant qu’une IA capable de se programmer elle-même pourrait détruire le monde (oui, c’est exactement ce que font les apprentis sorciers de la Silicon Vallée). Un jeu qui vous démontrera que le seul problème de l’IA, c’est sa programmation humaine.

Attention, on ne dirait pas comme ça mais ce jeu est hautement addictif

Planet of Lana (wishfullystudios) est un magnifique jeu de plateforme-puzzle-narratif en 2D. Une pure histoire de SF touchante et intelligente pour des visuels splendides.
J’avoue, je ne l’ai pas terminé. Les puzzles deviennent trop difficiles au bout d’un moment (et j’aime pas regarder les solutions).

The Talos Principle (Croteam, 2023), un autre jeu intelligent à puzzle, cette fois en 3D. Vous évoluez dans une architecture greco-futuriste et vous résolvez des puzzles physiques pour mieux comprendre le mystère de l’endroit où vous êtes. Ça ressemble un peu à du Portal mais en plus mythique.

J’ai terminé beaucoup trop rapidement le très intelligent The Room, un superbe jeu de casse-tête en 3D à l’atmosphère mystique. The Room 2 est donc le suivant sur la liste.

Hacknet (Team Fractal Alligator, 2016), un simulateur de piratage informatique immersif en mode terminal. C’est très sympa avant d’aller se coucher.

Ages of Conflict: World War Simulator -un jeu où vous pouvez faire s’affronter des nations du monde entier. J’en avais parlé sur le NovFut #32 special Civil War.
Histoire de vous préparer aux conflits prochains. Spoiler : à la fin, vous perdez.


Voilà, ce numéro de NovFut est terminé. Le 34e numéro depuis 5 ans maintenant. Le prochain devrait être l’épisode 2/2 sur la Censure si j’arrive à le terminer (encouragez-moi !).

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Dans tous les cas, je vous souhaite une excellente année remplie de bonne Science-Fiction !

Cyroul

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